Ama Dablam Expedition 2011

Nicolas et moi allons en montagne ensemble depuis 2 étés et vu les qualités techniques et physiques que notre cordée a développées durant cette période, il a été assez naturel de proposer une aventure de l'envergure de l'Ama Dablam. Fort de nombreuses ascensions alpines réussies dans un bon rythme, dès la fin de l'été 2010, nous avions fixé l'objectif. Nous nous sommes également astreints à une certaine éthique et ceci en toute humilité :

- Ne rien laisser sur la montagne : évidemment les ordures mais aussi l'équipement.

- Grimper sans utiliser les cordes éventuellement en place : c'est à dire en technique Alpine.

- Grimper en autonomie à partir du camp de base : ne pas utiliser les services de sherpa pour les portages et pour l'équipement éventuel.

 

Nous pensons tous le deux, que le respect de l'éthique que l'on se fixe est important ainsi que d'atteindre le sommet. Nous avons eu la chance de l'atteindre dans de très bonnes conditions mais nous n'avons pas complètement respecter notre "charte" ; les conditions à partir du camp 3 (itinéraire en glace) nous ont contraints à utiliser les cordes fixes. Je crois que grimper cette partie en technique alpine aurait compromis nos chances d'aller au sommet et cette glace ancienne était particulièrement dure, elle donnait bien peu de plaisir à grimper.

 

Nous voilà donc parti après avoir soigneusement préparé l'ensemble des nombreux aspects d'une telle aventure avec l'aide de la célèbre agence Thamserku. Agence dont le professionnalisme n'égale que la qualité et la gentillesse de son personnel. Une chance de rencontrer Phurba notre sherpa et Chandra notre cuisinier.

En chemin nous rencontrons Jorge Egocheaga, himalayiste espagnol qui nous accompagnera tout au long de notre voyage par regroupement de moyen organisé par l'agence. Jorge nous marquera longtemps par ses qualités humaines et de montagnard..

Un peu de tourisme à Katmandou et rapidement nous voilà dans l'avion pour Lukla ...

Népal 01Le récit quotidien

27 octobre
Nous quittons Namche Bazar au petit matin, après un petit déjeuner un peu chaotique, tous les trekkers partant à peu près au même moment. Premier aperçu de l'Ama Dablan dès le premier virage, passé Namche. La montagne est superbe et on distingue bien la face que nous voulons gravir.
Le sentier descend un petit peu puis remonte "sec" jusqu'à Tengboche, situé à 3860m et doté d'un superbe monastère. C'est là que nous déjeunons.
Une heure de plus et nous arrivons à Pangboche (3940m), étape du jour. L'altitude commence à se faire un peu sentir mais nous ne prévoyons pas de changer nos plans et devrions partir pour Chukkung (4700m) dès demain.

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28 octobre
Nous laissons une partie des affaires derrière nous, qui iront directement au camp de base de l'Ama Dablam. Quant à nous, direction Chhukhung où nous arrivons en début d'après-midi, après une longue pause-déjeuner à Dingboche. Nous sommes à 4740m et avons parcouru 800m de dénivelé aujourd'hui. Les limites de notre acclimatation alpine vont-elles être atteintes?

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Népal 0729 octobre
Journée de transition: nous partons après le déjeuner vers le camp de base de l'Island Peak.
Le chemin traverse de larges vallées, entourées des plus belles montagnes du monde.
C'est superbe. Nous arrivons au camp de base après deux heures de marche. Au moment même où nous pénétrons dans l'enceinte du camp, 4 sherpas transportent le cadavre d'un touriste indien, décédé du mal aigu des montagnes après avoir atteint le sommet de l'Island Peak il y a deux jours. Ambiance...

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30 octobre
Cette première nuit au-dessus de 5000m aura été assez médiocre pour tous les deux.
Nous partons vers 9h et suivons le chemin de l'Island Peak.
L'idée étant de monter un camp très avancé pour pouvoir dormir en altitude demain soir au retour du sommet. Nous plantons la tente à 5900m après un peu plus de 3h d'ascension dans du rocher, à la limite rocher-neige. L'emplacement du bivouac est spectaculaire, avec une vue panoramique sur de nombreux sommets de la région.
Nous aurions pu pousser jusqu'au sommet dès aujourd'hui mais à chaque jour suffit sa peine et nous ne sommes pas encore complètement acclimatés au-delà de 5000m.
Demain: départ pour le sommet et nuit en tente à 5900m.

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31 octobre
Sommet de l'Island Peak (6189m) atteint à 11h ce lundi 31 octobre !
Nous avons quitté le camp de base à 5h30 et refait le chemin de la veille jusqu'à notre tente. Là commence le glacier qui mène à la face sud du sommet. Normalement, les grimpeurs utilisent les cordes fixes pour rejoindre l'arête finale qui mène au sommet. Fabien préfère évidemment le style alpin et nous grimpons en cordée l'élégante face sud, une pente de 60 degrés en neige dure.

Ainsi évitons-nous les embouteillages des cordes fixes.
Au sommet, le panorama est à couper le souffle. Véritable vision à 360 degrés de la chaîne himalayenne.
Nous redescendons après avoir profité du paysage et rejoignons notre tente à midi. L'après-midi se passe tranquillement, entre préparation de boissons chaudes et farniente dans la tente.
A 18h, nous sommes emmitouflés dans nos sacs de couchage, la température extérieure indiquant -10 deg C.

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1 novembre
La nuit fût courte ! Fabien souffrant d'intoxication alimentaire semble-t-ill, nous voilà partis à 2h30 du matin, espérant ainsi éviter d'éventuel complications liées a l'altitude. Descente cauchemardesque avec fièvre et diarrhée aiguë qui nous prendra plus de 4 heures laissant derrière nous la tente et quelques affaires. On voit bien ici l'intérêt d'être a deux...
Le matin, après avoir pris un peu de repos, Nicolas remonte chercher la tente et le reste des affaires pendant que Fabien comate dans sa tente !
L'après-midi, direction Chhukhung, où nous attendent Jorge et Phurba. Pas fâchés de se retrouver dans la chaleur d'un foyer pour récupérer de cette longue journée pleine de péripéties!

2 novembre
Journée de transition calvaire pour Fabien entre Chhukhung et le camp de base de l'Ama Dablam. Arrêt technique chronique, fièvre et jambe coupées pendant 5h de marche le long d'un sentier très peu fréquenté présentant des vues exceptionnelles sur la région.
Nous sommes désormais installés confortablement dans les tentes montées par Thamserku, notre agence locale. Nous ne sommes que tous les trois et bénéficions d'un cuisinier attitré, ainsi que de son assistant, avec bien sûr le concours du précieux Phurba.

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Tandis que Fabien, toujours pas remis de ses déboires alimentaires prend une journée de repos et de jeûne, Nicolas part faire un premier portage en direction du camp 1 (C1). Le chemin est long et l'altitude se fait ressentir. Après 4h de marche, Nicolas laisse le sac à environ 1h de C1, impossible d'aller plus loin pour aujourd'hui !
Le soir, nous établissons un plan de bataille, qui nous voit accéder au sommet de l'Ama Dablam le 11/11/11. Plan tout théorique bien sûr qu'il conviendra de faire évoluer ces prochains jours au fur et à mesures des informations, notamment météorologiques, que nous allons recevoir. Et de la capacité de Fabien à se remettre rapidement de son intoxication...

4 novembre
Fabien se sentant mieux, nous décidons de partir pour une journée de portage vers C1. Nous mettons 5h pour rejoindre C1, récupérant au passage les affaires laissées par Nicolas à mi-chemin. La dernière partie consiste en une longue dalle inclinée à 40 degrés par endroits et qu'il faut franchir avec prudence. A C1, nous retrouvons Jorge et montons la tente 3 places de Fabien, où nous déposons les affaires.
Retour au camp de base peu avant 18h, après quelques arrêts "techniques" pour Fabien, dont l'état semble de nouveau empirer...

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Népal 165 novembre
Journée de repos au camp de base bien méritée après ces longs portages. L'endroit est magnifique. La température varie de -5 a 10 deg C. L'intoxication alimentaire de Fabien semble bien terminée ! Ouf, on a eu chaud !

6 novembre
Départ pour le camp 1 déjà installé mais nous ramenons matériel et nourriture supplémentaires. L'après-midi, préparation pour le lendemain, qui va consister en un repérage du camp 2 et au-delà.
Nous croisons également notre compère espagnol Jorge, qui redescend du sommet et nous confirme que le camp 2 est très limité en places disponibles.

7 novembre
Lever tôt, grimpe jusqu'à c2 (6000m) en style alpin sans utiliser les cordes fixes existantes en 3h30. Pause réduite au strict minimum tant cet endroit exigu est inconfortable, sans évoquer l'odeur infecte qui y règne. Puis repérage des conditions, toujours en technique alpine, de l'itinéraire jusqu'à la tour jaune ! Retour c2, dépose de matériel et retour tardif au camp de base où nous arrivons à la lumière des lampes.

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8 novembre
Repos au cb, mise en place de la stratégie. Préparation de la tentative. Les prévisions météo du fidèle Yann font état d'un vent fort vendredi, jour que nous avions choisi pour accéder au sommet. Jeudi semble meilleur. Du coup, on bouscule le programme... Demain nous devons rallier directement c2 ou plus haut pour avoir une chance de faire le sommet jeudi.

9 novembre
1ère tentative : grimpe de cb à c1 light, on prend le matos au passage et on va à c2, long mais tout se passe bien. Le rythme, malgré les passages techniques et le poids, est bon. On arrive au c2 peu après midi. Le problème de la tente subsiste. Où dormir? On fait le choix d'occuper une tente pleine de matériel, ce qui s'avérera être un bon choix, puisque personne ne nous délogera... Enfin préparation du lendemain et dodo !

10 novembre
Départ 3:10 de c2 à 6000m. Il n'y a pas de vent et la température est douce (-10) les conditions sont parfaites. Rythme rapide, on avale la tour jaune, mixte raide, neige peu solide, superbe et gazeux. On laisse la tour jaune derrière nous, l'arête neigeuse est accidentée et fragile sans être difficile. On l'avale sans hésitation. Pause camp 2.7 vers 6h du matin, on squatte une tente vide, Fabien en profite pour mettre une couche supplémentaire sur le bas, car la température baisse sérieusement à l'approche du jour. Egalement un faible mais constant vent souffle désormais sur la face.
On repart, et de suite c3 lever du jour. L'arête est terminée et reste quasi 600 m de face entre 55 et 75 deg. 20-30 km de vent, température environ -15, les conditions sont bonnes. On progresse lentement mais sûrement. La fin de l'ascension est exténuante et interminable.

Népal 20Finalement, on arrive au sommet vers 10:00, près de 7 h après avoir quitté c2. Extase!
Descente sans soucis, on prend son temps. Retour c2 on ramasse le matos.
On encape vers c1 chargés à bloc.
On pause à c1 et on file récupérer à cb, où l'on arrive à 20h30, mettant ainsi un terme à une journée de plus de 17 h de marche et 2200m de dénivelé cumulé.

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11 novembre
Après une bonne nuit au camp de base, départ vers 10:00 pour aller chercher le matos restant au c1. Les jambes sont lourdes et le souffle un peu court la première demi-heure !
Le reste du parcours se fait dans le plaisir : apprécier que l'objectif fixé il y a un an, est réalisé. Moment de plénitude où les tensions s'apaisent et où la détermination laisse la place à la contemplation...
Moment d'alpinisme aussi prégnant que le sommet lui-même...
Accueil au camp de base par Chandran qui comme à son habitude nous a préparé un savoureux repas...

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Népal 1912 novembre
Nous passons la journée du 12 novembre au camp de base. Vraie journée de repos qui nous permet de prendre une douche et de préparer les affaires pour notre départ du lendemain. Le soir, notre cuisinier se surpasse et trouve encore le moyen de nous étonner par ses créations culinaires.

13 novembre
Départ au petit matin en direction de Namche Bazar, que nous atteignons en début d'après-midi. Rien d'autre pour cette journée, sinon le confort appréciable du retour à une civilisation toute relative.

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Suite et fin : nous devons rentrer à Katmandou le 16 novembre au matin et en Europe quelques jours plus tard. Hormis les aléas météo toujours présents dans cette région du monde, il ne devrait pas y avoir beaucoup de surprises ces prochains jours. Aussi allons-nous arrêter ce récit à ce stade. Merci de nous avoir suivis et à bientôt sur d'autres cimes.Népal 27

De Nicolas Touboul et Fabien Meyer